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30 juin 2007

Sur le fil du rasoir

238aade92e8fb419c339c3debd64d387.jpgSur ma peau de Gillian Flynn paru en 2007 chez Calmann-Lévy « Suspense ».

C’est l’histoire de Camille Preaker, journaliste de 30 ans dans un obscur quotidien de Chicago qui, à la demande de son rédacteur en chef, doit retourner dans sa ville natale de Wind Gap, Missouri, après le meurtre d’une fillette et la disparition d’une autre. Le rédacteur souhaite qu’elle écrive une série d’articles racontant ces drames avec la touche couleur locale d’une enfant du pays. Sauf que Camille ne veut pas retourner là-bas, elle ne veut plus rien avoir à faire dans cette petite ville où être la fille de la patronne l’étouffe. En effet, sa mère a hérité d’une usine porcine et je n’utilise pas le terme « élevage » à dessein… Le rédacteur en chef semble bien avide de scoop et cruel de la renvoyer là-bas mais en réalité, il aime beaucoup Camille et souhaite que celle-ci fasse la paix avec elle-même et avec ses souvenirs.

Camille est une jeune femme brisée depuis la mort de sa sœur et la dureté et le peu d’amour que sa mère lui témoigne. Durant de nombreuses années, elle s’est automutilée, gravant des mots sur sa peau :

« Je me coupe, voyez-vous. Je me taillade la peau, je l’incise. Je la creuse. Je la troue. Je suis un cas très particulier. Je n’agis pas ainsi sans raison : ma peau hurle. Elle est couverte de mots – cuire, bonbon, minou, boucles –, comme si un élève de cours préparatoire avait appris à écrire sur ma chair, avec un canif. Parfois – parfois seulement – j’éclate de rire. Quand je sors de la baignoire et que, du coin de l’œil, j’aperçois sur le flanc d’un mollet : baby-doll. Quand j’enfile un pull et que, soudain, nocive flashe sur mon poignet. […]
Le dernier mot que j’ai creusé sur ma peau, seize ans après avoir commencé : disparaître.
Parfois, je peux entendre tous ces mots se chamailler de part et d’autre de mon corps. Sur mon épaule, slip se prend le bec avec cerise, à l’intérieur de ma cheville droite. Sous un gros orteil, cousue profère des menaces étouffées à bébé, sous mon sein gauche. Pour les faire taire, je pense à disparaître qui, sans jamais se départir de sa réserve majestueuse, règne sur ces autres mots, du haut de son refuge, sur ma nuque. »

De temps en temps, ces mots se réveillent. Ils accompagnent les humeurs, les peurs ou les angoisses de Camille. Ils sont vivants.

Ce roman n’est pas qu’un roman policier puisque l’enquête de Camille la confronte avec son passé très douloureux. L’intrigue policière est presque accessoire, cependant, la fin m’a surprise et effrayée. Pourtant elle est conforme à l’ensemble du roman qui dresse une atmosphère malsaine et oppressante autour de ses personnages.

Je signale au passage qu’il s’agit d’un premier roman d’une jeune femme originaire, comme son héroïne, du Missouri et qui, comme elle encore, a travaillé pour des journaux et vit aujourd’hui à Chicago. Là, dit-elle, s’arrête la ressemblance…
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20:05 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature américaine, roman policier, gillian flynn |

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