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20 avril 2009

Chroniques

Chronique du règne de Nicolas Ier.jpgDeuxième chronique du règne de Nicolas Ie.jpgChronique du règne de Nicolas Ier et Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier de Patrick Rambaud paru en 2008 et 2009 chez Grasset.

Patrick Rambaud sera peut-être pour les générations futures le Saint-Simon du sarkozysme car tel, son illustre prédécesseur, il nous conte les dessous d’un règne, celui de Nicolas Ier alias le président Nicolas Sarkozy. On retrouve dans ces deux récits toutes les grandes figures politiques qui ont les honneurs du 20h et dont les descriptions sont d’une drôlerie rafraîchissante et d’une impertinence railleuse. L’érudition de Rambaud et son style élégant révèlent par contraste la vulgarité des propos de « Notre Précieux Souverain ».

Quelques extraits pour vous mettre en appétit :

« Rien, cependant, rien ne disposait à de pareils honneurs Notre Trépidant Souverain. Il avait en effet connu l'enfance malaisée des fils d'immigrés, à la périphérie de notre capitale, dans une banlieue aux murs salis par les vapeurs automobiles et mal pourvues en logements sociaux. A Neuilly. Ainsi commença dans la plus parfaite modestie la légende de ce Chef Rutilant qui sentit monter en lui, très tôt et jusqu'à la migraine, le sang bouillonnant de ses ancêtres. Son père venait de Budapest et, pendant l'hiver glacial de l948, on le vit dormir à même une grille du métro parisien, toutefois près de I'Arc de Triomphe. Epoque bénie! Clémente République ! Désireux de regrouper une famille autour de lui mais sans vrai travail et surtout sans un sou, ce père serait aujourd’hui reconduit en autocar à la frontière hongroise. Le cours de l'Histoire en eût été changé. »

« Toujours dans I'esprit de rompre avec les coutumes d'avant, l'Impératrice se chargea du portrait officiel, mandant pour cela un spécialiste des starlettes qui devait apporter du neuf. Eh non ! Là aussi on renoua avec la tradition en posant le Souverain devant la même bibliothèque que le roi Mitterrand qui, lui, tenait à la main un livre de M. Montaigne. Sa Majesté ne tenait aucun livre car ne savait comment cela se tenait. Voilà bien le premier de nos monarques qui ignorait avec superbe la dimension littéraire de son état, cet apanage de tous nos Princes depuis Mac-Mahon, réputé quant à lui pour son idiotie. »

« Pour réussir à lui conférer un genre sobre, tout récent pour Sa Majesté, ses propagandistes eurent recours à un double subterfuge, celui du cliché volé contrôlé et celui du cliché officiel limité. Une courte anatomie de ces procédés ne sera pas inutile pour la suite. Par définition, le cliché volé est tiré à I'insu de ceux qui y figurent, donc de loin, et pour mieux l'indiquer il doit être flou, avec des sujets surpris en mouvement comme si de rien n'était ; les voici penchés à une fenêtre qui admirent un chèvrefeuille galopant, d'un air libre et dégagé, les voici grimpant le perron avec des fleurs emmaillotées de papier transparent, à demi cachés par une branche feuillue en gros plan, et, le jour du mariage, ce qui signale à I'attention que le vol d'images était arrangé, c'est qu'aucun policier de garde ne lâcha une rafale dans I'arbre où se cachait le gazetier qui pointait un gros objectif en forme de canon. A l'opposé de cette esthétique sournoise de l'instant, efficace toutefois pour un populaire friand des coulisses, le cliché officiel du lendemain dans le parc de Versailles isolait le couple impérial en promenade dans les sous-bois ; on y voyait aussi Madame à une table d'auberge, les y'eux clos, la tête penchée doucement contre l'épaule du Prince, lequel téléphonait pour montrer qu’il était relié aux affaires du monde. Ce type de cliché est limité car un unique photographe agréé le prend et les portraits sont mis en page avant d'être tirés. »

Une lecture légère avec des anecdotes sûrement invérifiables mais qui sonnent vrais à conseiller à tous ceux que la politique française actuelle déprime !

Une mention spéciale pour Grasset car les illustrations des jaquettes sont particulièrement réussies à mon goût !!!

11:38 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature française, patrick rambaud |

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