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15 juin 2009

Das Kapital

Das Kapital.jpgDas Kapital de Viken Berberian paru en 2009 chez Gallmeister « Americana ».

En Corse, un homme se retrouve au chômage. Il travaillait dans une exploitation forestière pour une entreprise locale à portée internationale spécialisée dans le papier et ses dérivés. Mais ce travail va à l’encontre de ses valeurs : c'est un écologiste élevé par des parents situationnistes, il est contre la déforestation et se méfie de la mondialisation.

À New York, Wayne est gestionnaire d’un "hedge fund". Cet homme, complètement absorbé par son travail, aime lire – c’est très ironique – des passages du Capital de Karl Marx après avoir consulté ses actifs en Bourse. Son "hedge fund", Empiricus Kapital, a la particularité de jouer sur les marchés en baisse. C'est-à-dire que plus les cours sont bas et l’économie morose, plus il gagne de l’argent.

Ayant perdu son emploi à cause d’Empiricus Kapital qui, en vendant les l’actions de l’entreprise de papier a incité tout le monde à le faire et a obligé les propriétaires à dégraisser la masse salariale, le Corse se rend à New York pour demander à Wayne de l’engager.

Hasard le la vie (en l’occurrence, du récit), une femme se mettra, bien malgré elle, entre les deux hommes. Alix est une jeune étudiante en architecture, pensant son nouvel amant féru d’architecture, elle lui envoie des dessins détaillés de différents bâtiments mondiaux. Wayne envoie ces dessins au Corse car la tâche de cet homme finit par se dessiner peu à peu : Wayne, lassé d’attendre (et d’espérer) voir chuter la Bourse décide d’intervenir en fomentant des attentats un peu partout dans le monde.

C’est un roman surprenant à lire surtout dans le contexte de la crise financière et économique actuel.

L'alliance de ces deux hommes aux valeurs complètement opposées, l’un est ultra capitaliste, l’autre, écologiste radical, apparaît contre-nature et seule Alix, qui aime tant se balader sur les toits des immeubles pour en admirer les structures, semble être un point d’équilibre entre les deux. Mais quand l’un de ces deux hommes comprendra les liens intimes entre Alix et son rival, la balance sera déséquilibrée et la destruction imminente.

Un extrait :
« Pourquoi les dictionnaires étaient-ils de plus en plus gros d’ailleurs ? Des mots nouveaux surgissaient tous les jours pour décrire le même vieux monde. Des mots comme gouvernance, anxiosphère et modalité. Les gens parlaient de bonne gouvernance, de gouvernance à plusieurs niveaux, ou de gouvernance proactive, mais que voulait dire tout ça alors qu’elle n’arrivait pas à trouver un travail à mi-temps, quand ses allocations logement diminuaient chaque année comme s’il existait une mystérieuse corrélation entre les chèques de plus en plus petits qu’elle recevait et les dictionnaires toujours plus épais ? Il y a cinquante ans, à en croire une édition épuisée du Larousse, le monde était constitué de quarante-sept mille mots. Aujourd’hui, il en contenait cinquante mille. Même si certains étaient tombés en désuétude, le taux de rétention demeurait élevé, si bien que les mots s’accumulaient les uns sur les autres, expliquant, définissant, amplifiant, éclairant, élucidant, édifiant et réinventant une réalité en perpétuelle expansion, obsédée par sa propre dilatation. Mais pour Alix, le monde rétrécissait, comme si certaines significations avaient basculé dans le vide entre espace et science. »

23:49 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature américaine, viken berberian |

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