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22 décembre 2011

1666

littérature australienne,roman historique,Geraldine Brooks1666 de Geraldine Brooks paru en 2003 chez Calmann-Lévy (aussi disponible en poche).

Au 17ème siècle, de nombreux maux affligent les gens de cette époque : la guerre, la famine, la pauvreté mais ce que l’on craint par-dessus tout, c’est la peste.

Entre 1665 et 1666, la peste touche l’Angleterre et dans un petit village du centre du pays, grâce à un pasteur dévoué, les habitants acceptent de se mettre en quarantaine pour protéger les régions alentours. C’est un acte courageux alors que devant la peste, le premier réflexe est de fuir ce qui risque de propager la maladie à une époque où l’on ne connaissait pas ce qui cause ce fléau.

Une habitante de ce village, Anna, la servante du pasteur ainsi qu’Elinor, la femme de ce même pasteur, vont essayer de soulager les mourants et aider les vivants, cherchant dans la bibliothèque du presbytère mais aussi dans l’utilisation des plantes, un remède pour apaiser les souffrances des malades.

Mais l’horreur succède à l’horreur car cette maladie va mettre à rude épreuve la foi des villageois et les pousse à commettre des actes irréparables.

Un très bon roman historique où l’auteur nous fait vivre cette époque et la tragédie de la peste à travers les yeux de son héroïne, une jeune femme vaillante et curieuse. Ce roman est très bien documenté et très bien raconté basé sur l’histoire – vraie – du village d’Eyam dans le Derbyshire.

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26 novembre 2007

Jessica

b740f6d9796a81157f9dc7859555ed1b.jpgJessica de Bryce Courtenay paru en 2000 chez Jean-Claude Lattès.

Jessica Bergman est élevée comme un garçon par son père, immigrant danois. Cet homme s’est marié assez tardivement et n’a eu que deux filles, l’aînée est tout le temps fourrée avec sa mère, une femme issue de la classe moyenne commerçante et la cadette aide son père, supplantant au mieux le fils qu’il aurait souhaité avoir.

Cela se passe au début du 20ème siècle dans le bush de la Nouvelle-Galles du Sud, Australie. Joe Bergman est éleveur mais sa ferme est criblée de dettes, il travaille donc chaque année pour le propriétaire cossu du coin. Une année, il réussit à faire embaucher sa fille comme panseur-balayeur lors de la tonte. C’est un monde exclusivement masculin, brutal et violent. Jessica fait tout pour ne pas se faire remarquer et continuer ainsi à ramener sa paye à son père. Paye assez médiocre, elle est moins bien payée que les garçons pour le même travail (on peut dire que ce problème n’a pas beaucoup évolué depuis 1910...), à 14 ans, elle est vraiment dure à la tâche et Joe en est très fier :

« Je ne voudrais pas d’un garçon à sa place, monsieur. Ma fille vaut mille fois mieux qu’un gamin de son âge. »

Malheureusement, un drame arrive. Les autres arpètes des tondeurs n’apprécient pas du tout l’arrivée d’une fille qui plus est quand elle travaille beaucoup mieux qu’eux. Il la chahute et un des tondeurs avec qui elle travaille décide de leur donner une leçon qui tourne mal, il est gravement blessé suite à un traumatisme crânien et depuis est devenu le demeuré local. Mais Jessica ainsi que le fils du patron, Jack, le protège tant bien que mal. Billy dit le Simplet est désormais le souffre-douleur des femmes de la maisonnée, mère et sœurs de Jack, jusqu'au jour où pris d’un coup de folie, il les assassine. Billy se réfugie alors chez Jessica, seule dans la ferme familiale.

De peur que des hommes avinés, excités par le sang ne déboulent pour le lyncher, elle fait tout pour le conduire aux autorités dans l’espoir qu’il bénéficie d’un jugement équitable. Billy est pendu mais Jessica a continué à l'aider jusqu'au bout. Car c’est un personnage emprunt d’un sens très élevé du devoir et de la justice. Elle défend, à sa manière, touts les laisser-pour-compte dans ce territoire rude et sans pitié. L’amitié qu’elle porte au jeune fils du propriétaire terrien, désolé de n’avoir pu secourir son ami Billy et admiratif du courage de Jessica, se transforme peu à peu en amour.

Mais il y a un hic, la mère de Jessica fait tout pour qu’il se marie avec sa fille aînée, qu’elle considère comme parfaitement accomplie et mieux à même de diriger un grand domaine. Et puis cette femme a des ambitions démesurées, elle ne veut pas que sa fille chérie fasse un mauvais mariage comme le sien. Certes, son mari est fruste mais c’est un homme bon, plus âgé qu’elle, qu’elle finira par manipuler pour lui faire faire des choses qui vont à l’encontre de sa nature profonde.

Peu après, la famille se rend compte que Jessica est enceinte mais elle refuse de dire qui est le père. Ce suspense durera jusqu’à la fin du roman et fait que je n’ai pas lâché le livre avant de savoir enfin la vérité ! La mère intrigue pour isoler Jessica car elle craint l’opprobre sur sa famille. Jessica vit toute sa grossesse dans une cabane en plein bush au milieu de bestioles plutôt dangereuses. Une jeune aborigène l’aidera pour préparer son accouchement et le lien d’amitié entre les deux deviendra très solides.

Je ne vais pas vous dévoiler plus l’histoire mais juste finir sur un aspect de l’histoire australienne évoquée dans ce roman. Comme je vous l’ai dit, Jessica lutte de toutes ses forces contre l’injustice alors quand son amie aborigène se fait enlever ses enfants par le Service de Protection des Aborigènes et de Protection de l’Enfance, elle retrouve l’avocat de Billy le Simplet, un alcoolique notoire, qu’elle et Mary désintoxique pour qu’il les aide.

Les quatre filles de Mary lui ont été retirées sous prétexte qu’en tant qu’Aborigène, c’est une mauvaise mère. On lui a fait signé un papier alors qu’elle ne sait ni lire et écrire. L’avocat explique que cette loi, toute récente (en 1915) a pour but de forcer l’assimilation des autochtones avec les Blancs. On retire ainsi à leur mère les filles principalement, souvent métis, pour qu’elle se fasse engrosser par le premier Blanc venu et qu’ainsi leurs enfants deviennent de plus en plus blanc (encore une utilisation de la génétique à des fins raciales…).

Ces enfants n’ont plus aucun contact avec des membres de leur famille, s’ils sont suffisamment clairs de peau ils sont adoptés par des familles en mal d’enfants et quand ils ne le sont pas assez, ils servent de main d’œuvre, corvéables à merci. Mary gagne le procès contre les services sociaux et peu ainsi récupérer ses deux aînées mais ses bébés sont adoptés depuis tellement longtemps qu’ils ne la reconnaissent pas et, la mort dans l’âme, elle cède ses droits sur eux totalement puisque les deux fillettes sont adoptés par de bons parents aimants. Cette pratique horrible, nous sommes tous d’accord, a pourtant perdurée jusque dans les années 60… Un dernier détail à propos de ce roman : il est inspiré par une histoire vraie.

Ce qui m’a plu dans ce roman hormis le suspense pour savoir qui est le père de Jessica, c’est que c’est une vraie héroïne courageuse et volontaire. Elle est fidèle en amitié même envers le plus pouilleux des humains. Allant au-delà des apparences, elle reconnaît les êtres humains pour ce qu’ils sont : des gens lâches et vils mais socialement acceptables ou des gens nobles et courageux mais misérables et donc rejetés.

Bien sûr, certains pourraient y voir une sorte de manichéisme, mais l’auteur est plus subtil que cela, de même, certains critiques reproche à Bryce Courtenay de faire des répétitions. N’ayant lu que ce seul roman de lui, je ne peux pas dire si c’est une manie ou si c’est voulu, cependant, je pencherait pour la répétition volontaire car par certains côtés, la vie de Jessica ressemble à un conte. Un conte, pas forcément de fées, mais comme vous le savez sûrement, la répétition est très importante dans tous conte qui se respecte.

Le roman a été adapté à la télévision et a été diffusé par M6 le 28 mai 2007 (je l’ai pas vu).

L’auteur est sud-africain de naissance mais vit en Australie. J’ai lu peu de romanciers australiens – Peter Carey (sur Amazon), Janette Turner Hospital (sur Amazon) et Arthur Upfield (sur Amazon). La littérature australienne, c’est un peu la terra incognita de la littérature de langue anglaise étouffée comme elle est par la production littéraire américaine. Elle est peu connue et, c’est ma fois, bien dommage. Voici quelques sites où vous trouverez les noms de différents auteurs australiens (ici, ou encore ici). Il est à noter qu’une table ronde sur la littérature australienne s’est tenue l’année dernière à la BnF et qu’il existe une base de données sur ce sujet, AusLit pour Australian Literature qui n’est pas totalement accessible au grand public mais disponible à la bibliothèque de l’université de Paris 3.

23:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature australienne, roman historique, bryce courtenay |

21 avril 2007

Un conte...

medium_La_voleuse_de_livre.jpg La Voleuse de livres de Markus Zusak paru en 2007 chez Oh ! Éditions.

Ce roman très poétique et émouvant s’adresse autant aux adultes qu’aux ados, il est d’ailleurs paru chez Pocket Jeunesse.

L’histoire se passe en Allemagne, de 1939 à 1943, l’héroïne est une petite fille prénommée Liesel qui dès le début du roman perd son petit frère dans le train qui la mène elle et sa mère dans les environs de Munich où les enfants devaient être recueilli par un couple, Hans et Rosa Hubermann.

Les parents de Liesel disparaissent assez vite du roman. Le père n’est pas présent et la mère s’éclipse rapidement. On comprend par la suite pourquoi, ils sont communistes. Ce mot, la fillette ne le comprend pas mais elle sait que c’est Hitler qui lui a pris ses parents.

Elle est finalement plus ou moins adoptée par les Hubermann, des gens pauvres mais au grand cœur. Hans est peintre en bâtiment sans travail fixe car personne ne veut l’engager depuis qu’il a repeint gratuitement les façades de boutiques appartenant à des Juifs tagguées par des nazis. Mais il joue de l’accordéon dans des cabarets. Rosa apparaît plus rustre, elle traite tout le monde de cochon, mais c’est une femme sensible malgré tout. Elle lave et repasse le linge pour des notables de la ville.

Liesel ne sait pas lire et pourtant elle vole des livres. Son premier vol a lieu après l’enterrement de son frère, elle dérobe le manuel du jeune fossoyeur. C’est avec ce livre qu’Hans lui apprendra à lire et apaisera ses cauchemars. La lecture deviendra pour elle un moyen d’évasion bien sûr mais aussi de survie. Elle volera par pulsion comme le soir de l’autodafé :

« Quelque chose lui disait que ce bûcher était un crime – après tout, ses trois livres étaient ce qu’elle possédaient de plus précieux –, mais elle avait une envie irrésistible de voir la pile s’enflammer. Les humains aiment bien le spectacle d’une petite destruction, me semble-t-il. Ils commencent par les châteaux de sable et les châteaux de cartes et ils vont de plus en plus loin. Ils sont particulièrement doués pour ça. »

La particularité de ce roman, qui à coup de petites touches esquissent le portrait d’une Allemagne qui refusent de se laisser entraînée dans l’hystérie hitlérienne, c’est que le narrateur omniscient n’est pas Dieu, mais la Mort. C’est elle qui raconte l’histoire de Liesel qu’elle a croisé à de nombreuses reprises lors de ces années, elle qui a emporté ceux que Liesel chérissait le plus :

« ETAT NOMINATIF ABREGE DE 1942

1. Les Juifs désespérés – leur âme dans mon giron, tandis que nous nous tenions sur le toit, près des cheminées fumantes.
2. Les soldats russes – n’emportant que peu de munitions et comptant sur celles des morts et des blessés.
3. Les cadavres détrempés échoués sur le sable et les galets d’une côte française.
***
La liste est encore longue, mais j’estime pour le moment que trois exemples suffisent. Avec ces trois exemples, vous avez déjà dans la bouche le goût de cendre qui définissait mon existence cette année-là.
Tant d’être humains. Tant de couleurs.
Ils continuent à m’habiter. Ils harcèlent ma mémoire. Je vois les tas immenses qu’ils forment, empilés les uns sur les autres. L’air est comme du plastique, l’horizon comme de la colle en train de prendre. Le ciel est fait de gens, un ciel percé et qui goutte, tandis que des nuages cotonneux couleur de charbon battent comme des cœurs noirs.
Et puis… Et puis il y a la Mort. Moi, la narratrice. Qui me fraie un chemin dans tout cela. En surface : imperturbable, impassible. En dessous : défaite, déconcertée, déboussolée. […]
On dit que la guerre est la meilleure amie de la mort, mais j’ai une autre opinion là-dessus. À mes yeux, la guerre est comparable à un nouveau patron qui attend de vous l’impossible. Il est là, sur votre dos, à répéter sans arrêt : "Il faut que ce soit fait, il faut que ce soit fait." Alors, vous mettez les bouchées doubles. Et le travail est fait. Pour autant, le patron ne vous remercie pas. Il vous en demande plus encore. »

Cette histoire qui aurait pu être très sombre est en fait une sorte de conte de fées, certes un peu gothique puisque racontée par la Mort.

Liesel y apprend l’amitié, l’affection d’une famille même si celle-ci n’est pas de son sang, elle prend conscience du besoin de solidarité entre les hommes et surtout, le plus important pour la bibliothécaire que je suis, elle y découvre le pouvoir des mots, l’amour des livres et de la lecture !

23:20 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature australienne, roman historique, markus zusak |