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21 avril 2007

Un conte...

medium_La_voleuse_de_livre.jpg La Voleuse de livres de Markus Zusak paru en 2007 chez Oh ! Éditions.

Ce roman très poétique et émouvant s’adresse autant aux adultes qu’aux ados, il est d’ailleurs paru chez Pocket Jeunesse.

L’histoire se passe en Allemagne, de 1939 à 1943, l’héroïne est une petite fille prénommée Liesel qui dès le début du roman perd son petit frère dans le train qui la mène elle et sa mère dans les environs de Munich où les enfants devaient être recueilli par un couple, Hans et Rosa Hubermann.

Les parents de Liesel disparaissent assez vite du roman. Le père n’est pas présent et la mère s’éclipse rapidement. On comprend par la suite pourquoi, ils sont communistes. Ce mot, la fillette ne le comprend pas mais elle sait que c’est Hitler qui lui a pris ses parents.

Elle est finalement plus ou moins adoptée par les Hubermann, des gens pauvres mais au grand cœur. Hans est peintre en bâtiment sans travail fixe car personne ne veut l’engager depuis qu’il a repeint gratuitement les façades de boutiques appartenant à des Juifs tagguées par des nazis. Mais il joue de l’accordéon dans des cabarets. Rosa apparaît plus rustre, elle traite tout le monde de cochon, mais c’est une femme sensible malgré tout. Elle lave et repasse le linge pour des notables de la ville.

Liesel ne sait pas lire et pourtant elle vole des livres. Son premier vol a lieu après l’enterrement de son frère, elle dérobe le manuel du jeune fossoyeur. C’est avec ce livre qu’Hans lui apprendra à lire et apaisera ses cauchemars. La lecture deviendra pour elle un moyen d’évasion bien sûr mais aussi de survie. Elle volera par pulsion comme le soir de l’autodafé :

« Quelque chose lui disait que ce bûcher était un crime – après tout, ses trois livres étaient ce qu’elle possédaient de plus précieux –, mais elle avait une envie irrésistible de voir la pile s’enflammer. Les humains aiment bien le spectacle d’une petite destruction, me semble-t-il. Ils commencent par les châteaux de sable et les châteaux de cartes et ils vont de plus en plus loin. Ils sont particulièrement doués pour ça. »

La particularité de ce roman, qui à coup de petites touches esquissent le portrait d’une Allemagne qui refusent de se laisser entraînée dans l’hystérie hitlérienne, c’est que le narrateur omniscient n’est pas Dieu, mais la Mort. C’est elle qui raconte l’histoire de Liesel qu’elle a croisé à de nombreuses reprises lors de ces années, elle qui a emporté ceux que Liesel chérissait le plus :

« ETAT NOMINATIF ABREGE DE 1942

1. Les Juifs désespérés – leur âme dans mon giron, tandis que nous nous tenions sur le toit, près des cheminées fumantes.
2. Les soldats russes – n’emportant que peu de munitions et comptant sur celles des morts et des blessés.
3. Les cadavres détrempés échoués sur le sable et les galets d’une côte française.
***
La liste est encore longue, mais j’estime pour le moment que trois exemples suffisent. Avec ces trois exemples, vous avez déjà dans la bouche le goût de cendre qui définissait mon existence cette année-là.
Tant d’être humains. Tant de couleurs.
Ils continuent à m’habiter. Ils harcèlent ma mémoire. Je vois les tas immenses qu’ils forment, empilés les uns sur les autres. L’air est comme du plastique, l’horizon comme de la colle en train de prendre. Le ciel est fait de gens, un ciel percé et qui goutte, tandis que des nuages cotonneux couleur de charbon battent comme des cœurs noirs.
Et puis… Et puis il y a la Mort. Moi, la narratrice. Qui me fraie un chemin dans tout cela. En surface : imperturbable, impassible. En dessous : défaite, déconcertée, déboussolée. […]
On dit que la guerre est la meilleure amie de la mort, mais j’ai une autre opinion là-dessus. À mes yeux, la guerre est comparable à un nouveau patron qui attend de vous l’impossible. Il est là, sur votre dos, à répéter sans arrêt : "Il faut que ce soit fait, il faut que ce soit fait." Alors, vous mettez les bouchées doubles. Et le travail est fait. Pour autant, le patron ne vous remercie pas. Il vous en demande plus encore. »

Cette histoire qui aurait pu être très sombre est en fait une sorte de conte de fées, certes un peu gothique puisque racontée par la Mort.

Liesel y apprend l’amitié, l’affection d’une famille même si celle-ci n’est pas de son sang, elle prend conscience du besoin de solidarité entre les hommes et surtout, le plus important pour la bibliothécaire que je suis, elle y découvre le pouvoir des mots, l’amour des livres et de la lecture !

23:20 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature australienne, roman historique, markus zusak |