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04 mai 2007

Histoire irlandaise

medium_L_Histoire_de_Chicago_May.jpgL’Histoire de Chicago May de Nuala O’Faolain paru en 2006 chez Sabine Wespieser Editeur.

Contrairement à ce que laisse accroire la page de titre, il ne s’agit pas du tout d’un roman mais bien d’une biographie, à peine romancée. C’est la biographie d’une jeune irlandaise de 19 ans, May Duignan (1871-1929), qui s‘est enfuie de son village d’Edenmore dans le comté de Longford pour rejoindre l’Amérique comme tant d’autres mais, contrairement à la plupart de ses compatriotes, elle part en volant son père plaçant ainsi sa vie sous le sceau du crime.

Arrivée aux États-unis, elle accède à la notoriété et se voit surnommée « Chicago May ». Elle est considérée comme la reine des arnaqueuses. Elle est plus ou moins prostituée, dévalisant ses client avant que ceux-ci ne consomment, fréquente des braqueurs, ouvrant des tripots clandestins, voyageant dans le monde entier, de la France au Brésil.

Mais cette biographie, basée sur de très nombreux document dont la propre biographie de Chicago May (Chicago May. Son histoire. Un document humain par « la reine des criminelles », par May Churchill Sharpe paru en 1928) est aussi une biographie en miroir de l’écrivain, Nuala O’Faolain, irlandaise et comme elle sans descendance. Mais Nuala O’Faolain n’a jamais été tenté de quitter totalement son Irlande natal, c’est à travers cette biographie qu’elle essaye de comprendre ce qui a pu pousser tant d’Irlandais à fuir leur pays et quelles ont été leurs conditions de vie en Amérique.

Sur l’Irlande elle écrit :

« À l’époque où May mourut, et pour au moins un demi-siècle encore, l’Irlande était totalement en proie à une peur institutionnalisée des femmes ; c’est-à-dire de la sexualité. Un homme irlandais sur cinquante était alors un prêtre catholique : les trois quarts des hommes entre vingt-cinq et trente-quatre ans étaient célibataires ; les admissions d’hommes dans les asiles psychiatriques avaient quadruplé en dix ans et l’Irlande avait le taux de natalité le plus bas d’Europe. Le clergé travaillait de façon obsessionnelle afin de contrôler la sexualité par diktat et en propageant le dégoût. De mon temps, les petites filles n’étaient pas autorisées à faire de l’athlétisme parce qu’elles auraient été obligées de se changer à côté des garçons. L’archevêque de Dublin interdisait l’usage des tampons parce qu’ils familiarisaient les filles avec leur corps. Tomber enceinte hors mariage entraînait la disgrâce à vie pour les filles et leur famille. La contraception était interdite de même que la connaissance que cela existait. Les femmes devaient aller à l’église pour se purifier après chaque naissance. Et ainsi de suite. »

Elle analyse également le monde criminel de cette fin du 19ème et du début du 20ème siècle sans faire preuve de fascination ni de jugement trop péremptoire.

Chicago May, à la fin de sa vie, très malade, a reçu un soutien inattendu de la part d’August Vollmer qui l’a incité à écrire ses mémoires. Cet homme, très respecté, est avant tout un policier qui a réorganisé les services de police de Berkeley, Californie. Il a fondé la criminologie moderne, il a été le premier à installer un parc de véhicules avec radio, le premier également à utiliser un détecteur de mensonge, il a aussi encouragé l’intégration de femmes afro-américaines dans les rangs de la police… Bref, un homme très en avance sur son temps, devenu après son mandat consultant pour de nombreuses villes du monde entier. Et voilà ce que Nuala O’Faolain rapporte de la relation entre cet homme, le policier en chef de Berkeley, et entre Chicago May, criminelle convaincue :

« Vollmer s’intéressait à May pour la simple raison qu’il était un véritable idéaliste. N’importe qui d’autre serait parti du principe qu’après quarante années de carrière criminelle – au cours de laquelle, bien qu’elle en eût passé plus de la moitié en prison, May avait toujours récidivé – il n’y avait aucun espoir pour elle. Cela devait sembler ridicule, cruel même, de parler de changement à une récidiviste invétérée comme elle. Mais Vollmer écrivit : "Vous ne pourrez jamais me dire ce qu’un homme est capable de faire, et si j’en soutiens dix d’entre eux et que neuf me déçoivent et échouent, le dixième peut me surprendre. Ce pourcentage me suffit, parce que c’est en aidant les gens à évoluer que nous faisons de vrais progrès dans notre société." »

Ce qui m’a amené à une réflexion sur le « tout répressif » et la « tolérance zéro » tels qu’ils sont prônés par un ex-ministre de l’Intérieur, lui aussi policier en chef d’une certaine façon…

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Comme le lecteur, Nuala O’Faolain est intriguée par la vie très mouvementée de Chicago May et la condamne d’une certaine façon, mais elle cherche toujours à montrer la part d’humanité de son héroïne derrière la litanie de ses crimes et de ses vantardises.

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Ce livre a reçu le Prix Femina étranger 2006

08:05 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature irlandaise, biographie, nuala o'faolain |